CLAUDE BALBASTRE (1724-1799)

Pièces pour orgue

 

C’est grâce aux nombreux cérémonials parus à la suite de la Contre-Réforme que nous connaissons aujourd’hui avec précision le déroulement de l’Office catholique tel qu’il était aux XVIIème et XVIIIème siècles ; mais c’est aussi grâce aux témoignages et aux traités de religieux, de chroniqueurs et de musiciens comme Nivers, Corrette, Lebrun des Marettes, Sonnet, Leboeuf ou La Feillée que l’on peut considérer la grandeur d’un rituel fastueux, complexe, à la fois précis et variable, sollicitant les chantres, l’orgue et les instruments au service des textes sacrés.
Tout au long de la journée - et de la nuit – et selon la solennité de la fête, l’Office, aussi bien dans les paroisses que dans les couvents, présente cette succession de cérémonies chantées : Premières Vêpres, Matines, Laudes, Prime, Tierce, Messe, Sexte, None, Deuxièmes Vêpres, Salut, Complies. L’orgue  participe principalement aux trois plus importantes que sont la Messe, les Vêpres et les Complies.
Habituellement, au cours de la Messe elle-même, l’instrument, en plus de son accompagnement des processions d’entrée et de sortie du clergé et des fidèles, peut dialoguer avec le chœur, jouant en alternance les versets du plain-chant du Kyrie, du Gloria, de la Prose, de l’Alleluia, du Sanctus, de l’Agnus et de l’Ite Missa est ; en outre, il peut jouer en soliste au Graduel, à l’Offertoire, à l’Elévation et à la Communion. C’est ainsi que sont conçues les Messes de Grigny, de Couperin ou de Raison.
Mais dans le cas assez rare d’offices comme la Messe de Bordeaux, la Messe Agathange et d’autres liturgies néo-gallicanes dont l’ordinaire est entièrement écrit par un compositeur à partir du plain-chant traditionnel, l’orgue a un rôle moins liturgique, ponctuant les divers épisodes de la Messe.
La tâche de l’organiste à cette époque est considérable : de par leur solennité, les cérémonies sont très longues, s’enchaînent parfois, les musicien desservant souvent plusieurs paroisses. Claude Balbastre est l’un des plus fameux de la capitale, et partage les tribunes avec Armand-Louis Couperin, Foucquet, Daquin, Séjean ou Beauvarlet-Charpentier. Originaire de Dijon, où très jeune il succède à son père Bénigne à St-Etienne, il s’installe tôt à Paris, guidé d’abord par son concitoyen Rameau, puis vite adopté par l’élite culturelle qu’il côtoie, il devient titulaire de l’orgue du Concert- Spirituel, de celui de St-Roch puis de celui de Notre-Dame, par quartier ; comme ses confrères, il est souvent sollicité en tant qu’expert en facture d’orgue.
Le clavecin l’a fait connaître dès son arrivée grâce à sa transcription de l’Ouverture de Pygmalion de Rameau, et à un volume d’adaptation d’airs d’opéras : il est maître de clavecin des religieuses de Penthémont et de Notre-Dame-aux-Bois, du duc de Chartres et du comte de Provence.
Grand improvisateur, il s’est peu soucié de la pérennité de son œuvre, et contrairement à Couperin, Dandrieu ou Corrette, a laissé manuscrite une partie de sa production. C’est ainsi que seuls ont été imprimés un Livre de clavecin (1759), un Recueil de Noëls (1770) et quatre Sonates en quatuor (1776). Les composition manuscrites, parfois indifféremment destinées à l’orgue ou au clavecin, sont en revanche assez nombreuses, dont les volumes datés de 1748, 1749 et 1770. D’autres ouvrages renferment quantités d’Offertoires, de Noëls, de Magnificat, mais aussi de Sonates et de pièces pittoresques comme ces Canonnade, Orage, Tapage, Chasse, Airs d’Opéras, Marseillaise, ou autre Marche guerrière, alors très en vogue sous les voûtes des églises.
Contemporain de la plus ancienne copie connue de la Messe de Bordeaux, le magistral Concerto, en quatre mouvements, est un bel exemple de la réunion des goûts en ce milieu du siècle des Lumières : aux côtés du Prélude à cinq et six voix en forme d’ouverture à la française, aux audacieux retards, et d’une Gavotte reprenant La Timide de Rameau,  voisine un Allegro alternant tutti et soli, à l’italienne tout comme la gigue finale, marquée Allegro.
Les Trios, en mi et en la, font preuve d’une belle souplesse d’écriture, et le Récit tout comme le Trio de flûte et de Voix humaine s’inscrivent dans la grande tradition du jeu contrasté de l’orgue français à deux et trois voix.  

JEAN-PATRICE BROSSE